Village au bord de l’eau

Vie autour du village et de son principal cours d’eau au dix-neuvième siècle

gravdo01Jusqu’à la construction de la ligne de chemin de fer (1840) et du percement du canal du Rhône au Rhin (1854), le transport des marchandises s’effectuait essentiellement sur l’Ill.

Ebersmunster, qui constituait un point de péage et un lieu de transbordement très actif, jouait un rôle très important dans la navigation Illienne relativement dense entre Mulhouse et Strasbourg. En effet, d’importants chargements étaient, selon leur destination, transbordés des bateaux de l’Ill vers des bateaux rhénans et inversement.

Le « Ladhof » d’Ebersmunster servait de dépôt de marchandises avant de faire office de « Corps de Garde » ; bois, paille, foin, gravier, sable, etc… y étaient entreposés. Un marchand de vin qui s’approvisionnait dans le proche vignoble s’était établi dans le village et ainsi, presque quotidiennement, d’importants chargements de vin quittaient Ebersmunster par la voie d’eau.

La rue principale passait sur un pont levis qui barrait le passage aux bateaux et qui n’était relevé qu’après acquittement par les bateliers d’un péage (Zoll) dont le montant était fonction des marchandises transportées. L’ancien restaurant Rohmer (détruit lors des opérations de minage du pont de l’Ill) faisait office de « Zollhaus ».

Afin de rendre la navigation plus facile, bien que le lit de l’Ill était bien moins profond qu’actuellement, des barrages conçus de pieux et de poutres avaient dû être érigés pour ralentir le fort courant.

Pour permettre aux bateaux de remonter l’Ill, le gardien du barrage, en permanence à la disposition des bateliers, retirait des poutres et dès que le niveau était le même de part et d’autre, le bateau était tiré vers l’amont au moyen d’un treuil fixé sur la berge. Après le passage, les poutres étaient remises en place pour faire office de régulation du courant.

Aux environs des années 1800, le transport de foin et de regain était très intense du fait que le « Postmeister » (Directeur de la Poste) de Strasbourg était propriétaire des « Postmatten » (champs dont le foin était utilisé pour l’alimentation des chevaux) situés à l’Est du village. Pour ces transports, il était fait usage de bateaux assemblés par deux bord à bord.

Au lieu-dit « Rain », situé à environ 500 mètres en amont du village, le lit de l’Ill était nettement moins profond qu’ailleurs, ce qui ne manquait pas de causer maints ennuis aux bateliers surtout en période de basses eaux. Lorsqu’un bateau était échoué, l’éclusier retirait les poutres du barrage pour faire remonter le niveau de l’eau. Cependant, cela s’avérait souvent insuffisant et il fallait appeler du renfort au village pour aider à renflouer.

Inévitablement, une navigation aussi intense donnait lieu à des incidents, en particulier en période de crues. Entre autres, une barque chargée de munitions devant être conduite par des pionniers de Strasbourg à Mulhouse aurait sombré à « l’étang d’Ebersmunster ».

muelhbachLe « Mühlbach » fut creusé dans un double but :

• permettre de ramener le foin et le regain des « Postmatten » par barques jusqu’au village (solution plus performante que le recours aux attelages obligés de faire de grands détours),

• utiliser la force motrice de l’eau pour actionner la scierie et le moulin.

Pour permettre aux embarcations de passer directement du « Mühlbach » à l’Ill, le « Graben » fut creusé à travers le village. Ce fossé passait sous la rue principale (construction d’un deuxième pont) près du pont-levis et suivait le tracé de l’actuelle « rue de la Tuilerie » pour rejoindre l’Ill. Devenu inutile du fait de la récession des activités de navigation, le « Graben » fut comblé en 1866 pour donner l’actuelle « rue du Fossé »