Le 20ème siècle

De NOVIENTO à EBERSMUNSTER…

Au temps des Celtes, l’île de NOVIENTO (appellation primitve du lieu) formée par les bras de l’Ill, constitue un lieu de culte en l’honneur du Dieu païen TEUTALES. Au temps Gallo-Romains (1er Siècle avant JC – 3ème Siècle après JC), NOVIETUM est un lieu de culte en l’honneur des divinités romaines MERCURE et DIANE. Peut-être dès cette époque, une petite communauté de chrétiens s’établit à cet endroit.

Vers 675, l’abbé-évêque irlandais DEODAT groupe une communauté de moines sur le domaine donné par le Duc d’Alsace ADALRIC et son épouse BERESWINDE, parents de Sainte ODILE. DEODAT ne reste que peu de temps dans le monastère qu’il a fondé en Alsace. Il part à Saint Dié pour y fonder un autre monastère et lui lègue son nom. Après la migration des peuples, le monastère de EBROTHEIM (723) devient un centre de christianisation de la Moyenne Alsace.

La famille de Ducs d’Alsace fait de nombreuses donations à l’abbaye d’Ebersmunster. Ces possessions s’étendent dans près de 80 villages le long de l’Ill et du vignoble depuis la hauteur de Mulhouse au Sud à la hauteur d’Erstein au Nord. Ces biens devaient permettre aux moines de vaquer à la prière, de faire œuvre d’évangélisation et de donner l’aumône aux pauvres.

Primitivement, ces moines suivaient la règle de St COLOMBAN. A la suite du synode d’Aix La Chapelle de 817 qui impose la règle de St BENOIT à tous les moines d’occident, la communauté d’Ebersmunster adopte la règle bénédictine pure au cours du IXème siècle. En 817, l’abbaye figure parmi les abbayes impériales (Reichsklöster) relevant directement de l’empereur. En 887, le roi ARNULF donne l’abbaye d’Ebersmunster en gage à l’évêque de Strasbourg BALTRAM. Une longue querelle juridique s’ouvre : l’abbaye d’Ebersmunster est-elle encore une abbaye impériale, comme le prétendent l’abbé et les moines, ou est-elle devenue une abbaye épiscopale, relevant non seulement au spirituel, mais aussi du temporel de l’Evêque de Strasbourg ?

Pour défendre leurs droits, les moines d’Ebersmunster et la chancellerie épiscopale n’hésitent pas, au cours du XIIème siècle, selon un usage largement répandu à l’époque, de falsifier les anciennes chartes de donation. En 1039, l’abbé WILLO, ancien moine de MURBACH, établit un atelier d’orfèvrerie à Ebersmunster. L’abbé ADELGAU (1069-1077) y fait forger une couronne pour son oncle RODOLPHE, Duc de Souabe et candidat à l’Empire. Battu, le Duc RODOLPHE doit prendre la fuite et l’abbé ADELGAU donner sa démission.

Au XIIème siècle, un pèlerinage en l’honneur de St NICOLAS attire de nombreux pèlerins. C’est une période de prospérité matérielle et spirituelle. Vers 1331, le village d’Ebersmunster est élevé au rang d’une ville par l’évêque de Strasbourg BERTHOLD de BUCKECK. Le 2 février 1445, l’abbaye est attaquée par un détachement d’Armagnacs. En 1525, durant les guerre des Rustauds, l’abbaye est occupée et pillée par un groupe de paysans.

En 1607, l’abbaye entre dans la congrégation dite de BURSFELD, du nom de la maison-mère de cette union, située en HANOVRE. Le 21 octobre 1624 est fondée à Ebersmunster la congrégation bénédictine dite de Strasbourg, groupant les monastères alsaciens d’ALTORF, d’EBERSMUNSTER et de MARMOUTIER, ainsi que les abbayes Badoises d’ETTENHEIMMÜNSTER, de GENGENBACH, de SCHUTTERN et de SCHWARZACH, faisant alors partie du diocèse de Strasbourg.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1632, l’église, l’abbaye et la ville d’Ebersmunster sont incendiés par les troupes Suédoises du Maréchal Gustave HORN. Les moines s’établissent à « l’Hôtel d’Ebersmunster », construit au XVIème siècle à l’intérieur de l’enceinte de Sélestat. Ils reviennent à Ebersmunster après le traité de WESTPHALIE (1648). L’église et le monastère sont lentement reconstruits. En 1659, une tuilerie est construite pour fabriquer les matériaux nécessaires, au bout de la rue qui porte encore aujourd’hui son nom.

En 1698 est fondée la Confrérie de Notre Dame du Scapulaire.

lavisLe XVIIIème siècle est une nouvelle période de prospérité de l’abbaye. L’actuelle église baroque est mise en chantier en 1725 par l’architecte autrichien Peter THUMB. Le gros œuvre est terminé en 1728 et la décoration intérieure achevée en 1759. L’orgue est réalisé par Andréas SILBERMANN entre 1730 et 1732. Le 15 mai 1785, Joseph GOBEL, évêque auxiliaire de Bâle et futur évêque constitutionnel de Paris, frère du sous-prieur de la communauté, Ildephonse GOBEL, donne à l’église d’Ebersmunster la bénédiction épiscopale à Jean-Jacques LANTZ, évêque auxiliaire de Strasbourg. Durant la Révolution Française, les moines sont dispersés et les biens vendus aux enchères. Le 31 juillet 1791, les bénédictins célèbrent la dernière messe couventuelle, avant de se disperser le 8 août suivant. Entre 1791 et 1794, les biens à Ebersmunster et dans les autres localités sont vendus comme biens nationaux. Le 24 septembre 1792, la bibliothèque forte de 9.025 volumes est transportée par 5 péniches jusqu’à Strasbourg pour y être détruite en place publique.

L’église abbatiale devient église paroissiale à la place de l’ancienne église paroissiale située à l’emplacement de l’actuel cimetière communal (et détruite en 1811). En 1829, l’abbaye, qui a servi à des usages différents durant la tourmente révolutionnaire, est acquise par les Frères Marianistes qui y installèrent une école normale et un noviciat. Depuis 1889, elle est le siège d’une œuvre éducative des Sœurs de St Joseph de « Saint Marc ».